À 5 heures du matin, le poissonnier peut déjà préparer son banc de glace pendant que le reste de la ville dort. Puis il pèse, écaille, vide, pèle et conseille, bien avant que la vente ne se résume à un prix affiché.
Cette suite de gestes raconte le sujet du livre Travail et travailleurs invisibles : une part de la richesse des métiers disparaît quand l’entreprise ne regarde plus que les résultats chiffrés. Pour vous qui travaillez en équipe, cette disparition peut aussi concerner l’aide donnée à un collègue, le conseil patient ou le savoir-faire transmis sans ligne dans les objectifs.
À 5 heures, le travail a déjà commencé
Le poissonnier présenté dans l’ouvrage peut se lever à 5 heures du matin afin que son étal soit prêt à l’ouverture. Son travail ne commence donc pas au moment où le client arrive devant les poissons.
Il choisit aussi ce qu’il propose selon les cours du marché, le pouvoir d’achat de sa clientèle, ainsi que la saisonnalité de la production et de la consommation. Vous ne voyez pas toujours ces arbitrages, mais ils pèsent sur ce qui se trouve ensuite sur le banc.
Réduire ce métier à la vente efface le temps de préparation et les choix qui précèdent. C’est une mauvaise lecture du travail : elle oublie ce qui permet au service d’exister.
Pourquoi l’aide entre collègues disparaît-elle des objectifs ?
Aider un collègue prend du temps, comme conseiller un client ou préparer un poste avant l’ouverture. Pourtant, ces gestes peuvent rester hors des tableaux de suivi quand seuls les résultats visibles sont retenus.
Le livre part du constat de l’« invisibilité » de nombreuses professions. Le mot dépasse donc le seul cas du commerce : il interroge la place donnée à ce que les personnes font, au-delà de ce qu’une organisation décide de mesurer.
Pour vous, le coût est concret. Quand l’entraide ne compte plus dans les objectifs, elle risque d’être traitée comme du temps perdu alors qu’elle fait tenir le travail quotidien.
226 pages pour remettre ceux qui font le travail au centre
Christine Depigny-Huet, docteure en ergonomie, publie cet ouvrage chez L’Harmattan. Le livre compte 226 pages et est proposé à 23 euros.
Son titre complet, Travail et travailleurs invisibles. Alors, « Pourquoi se lever le matin ! », place d’emblée la question du sens au cœur du sujet.
Vous pouvez y lire une invitation à regarder le travail avant de juger ceux qui l’exercent.
Le propos s’appuie sur des témoignages recueillis dans le cadre de l’association La Compagnie pourquoi se lever le matin !. Ces récits donnent une place aux personnes qui accomplissent les tâches, plutôt qu’à la seule image finale de leur métier.
Une association veut faire entrer le travail dans le débat
L’association ambitionne d’apporter le point de vue du travail, exprimé par ceux qui le font, dans les débats qui agitent notre société. Cette formule vise un manque précis : parler des métiers sans entendre assez ceux qui les connaissent de l’intérieur.
Vous pouvez y voir un rappel utile pour l’entreprise. Un objectif montre un résultat, mais il ne raconte pas forcément les gestes, les choix et les relations nécessaires pour l’atteindre.
En 2025, le taux de chômage total est de 7,7 % en moyenne annuelle en 2025 selon l’Insee. Cette donnée parle du travail à grande échelle, mais elle ne dit rien, à elle seule, de ce que chaque métier exige dans une journée.
Que perd une entreprise quand elle ignore ces gestes ?
Elle perd d’abord la capacité à nommer ce qui aide les salariés à faire leur travail. Vous pouvez atteindre un objectif tout en ayant passé du temps à expliquer, réparer, préparer ou conseiller, sans que cette part apparaisse nulle part.
Le poissonnier le montre sans théorie inutile : avant la vente, il y a le réveil, la glace, le choix des produits et l’attention portée au client. Le travail invisible n’est pas un supplément. Il est déjà dans le métier.
Faut-il tout transformer en objectif ?
Non. Chercher à tout compter peut aussi appauvrir le regard porté sur le travail. Vous avez parfois besoin que l’aide, l’expérience et le jugement professionnel soient reconnus sans être découpés en cases.
Ce livre laisse une question moins confortable qu’elle n’en a l’air : que devient une équipe lorsque chacun doit prouver son résultat, mais que personne ne peut faire reconnaître ce qu’il donne aux autres ? Le banc de glace est prêt à l’heure. Reste à voir qui a rendu cela possible.

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