Neuf mille trois cents. C’est le nombre de jeunes Vietnamiens partis travailler à l’étranger sous contrat rien qu’en mars 2026, selon le ministère des Affaires intérieures. Ce n’est pas un exode de désespoir.
C’est un calcul, répété par des dizaines de milliers de familles : partir quelques années pour revenir avec un capital, une expérience et un métier.
Le Vietnam vise 112 000 départs sous contrat pour l’ensemble de 2026. Au premier trimestre, 28 800 travailleurs avaient déjà quitté le pays, soit 25,7 % de l’objectif annuel. Le rythme suit celui de 2025, une année où le pays a largement dépassé ses propres prévisions.
144 000 départs en 2025, un objectif dépassé de 11 %
L’an dernier, plus de 144 000 Vietnamiens sont partis travailler hors du pays sous contrat. L’objectif fixé au départ a été dépassé de 11 %. Pour un pays qui organise ces flux depuis des décennies via des entreprises agréées, ce chiffre confirme une tendance de fond plutôt qu’un pic ponctuel.
2026 s’inscrit dans la continuité. Mais la trajectoire n’est pas figée : entre janvier et mars, le pays n’a couvert qu’un quart de son objectif annuel. La suite de l’année dira si le rythme s’accélère, comme en 2025, ou s’essouffle.
Japon, Taïwan, Corée du Sud : 91 % des départs récents
Trois destinations concentrent l’essentiel des flux. En 2025, le Japon a accueilli plus de 64 600 travailleurs vietnamiens, Taïwan plus de 57 000, et la Corée du Sud plus de 11 600. Au premier trimestre 2026, ces trois marchés représentent à eux seuls 91 % de la main-d’œuvre vietnamienne partie à l’étranger.
Le détail par pays sur ce début d’année : près de 13 900 départs vers le Japon. Plus de 10 100 vers Taïwan, environ 2 200 vers la Corée du Sud. Trois économies vieillissantes, en manque de main-d’œuvre, qui absorbent la quasi-totalité des candidats vietnamiens au départ.
Pourquoi partir : un marché du travail local qui laisse peu de place aux jeunes
Le chômage des 15-24 ans a atteint 8,6 % en 2025, avec un écart net entre villes et campagnes : 11,2 % en zone urbaine contre 7 % en zone rurale. Le chômage total du pays reste à 7,54 % selon la Banque mondiale, pour un taux d’emploi de 51,17 %.
Le mal est ancien. Fin 2019 déjà, l’Office général des statistiques comptait environ 1,4 million de jeunes ni en emploi ni en formation, soit 10,2 % de la population jeune.
Face à ce plafond local, le contrat à l’étranger fonctionne comme un raccourci. Un salaire japonais ou taïwanais, épargné pendant deux ou trois ans, construit un apport que le marché du travail vietnamien ne permet pas d’accumuler aussi vite. C’est là que se joue le vrai calcul des familles : pas la fuite, l’accumulation.
Un système encadré, pas une filière sauvage
Ces départs ne passent pas par des réseaux informels. Le Vietnam compte plus de 500 entreprises habilitées à envoyer des travailleurs vers environ 40 pays et territoires. Depuis le 1er janvier 2026, un nouveau décret, le n° 372/2025/ND-CP, encadre l’envoi de travailleurs vietnamiens à l’étranger sous contrat.
Le pays a aussi révisé, un peu plus tôt, les règles sur les travailleurs étrangers présents sur son propre sol. Le décret n° 219/2025/ND-CP est entré en vigueur le 7 août 2025, remplaçant deux textes antérieurs. Les deux réformes racontent la même chose : un État qui cherche à mieux piloter des flux de travailleurs devenus massifs, dans les deux sens.
Combien de Vietnamiens travaillent à ce jour à l’étranger ?
Environ 600 000 Vietnamiens travaillent dans plus de 40 pays. Chaque année, ils envoient plusieurs milliards d’euros vers le Vietnam. Ce n’est plus un phénomène marginal, c’est un pan entier de l’économie du pays, alimenté trimestre après trimestre par de nouveaux départs.
Ce que ces chiffres racontent, ce n’est pas un pays qui perd sa jeunesse. C’est une jeunesse qui traite l’étranger comme un outil d’épargne à durée limitée, avant, pour beaucoup, de rentrer. Reste à savoir combien, une fois le capital constitué, choisiront réellement de revenir.

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