« Je n’ai pas eu d’autre choix que de travailler » : créer son entreprise en QPV

Je n’ai pas eu d’autre choix que de travailler

Quarante heures par semaine en plus de ses cours : à 21 ans, Khatib Benhamou dit avoir commencé à travailler à 18 ans. Il dirige déjà une agence de communication pour les restaurants. Il vit à Neuilly-sur-Marne, étudie en deuxième année d’information-communication à l’université Paris-VIII et a créé Visuall.

Quatre mois après sa création, l’entreprise lui permet déjà de se verser un salaire et il envisage de recruter des personnes en extra. Son parcours pose une question moins romantique qu’elle n’en a l’air. Quand l’accès à l’emploi se ferme, entreprendre peut devenir une manière de ne pas attendre.

À 21 ans, travailler pendant les études pour faire vivre Visuall

Visuall propose de la communication et de la création de contenus aux restaurants. Le projet répond à un besoin concret : trouver des clients, produire un service et dégager assez de revenus pour payer un salaire.

Vous pouvez y voir une ambition précoce. Mais le rythme annoncé rappelle aussi le prix du choix : environ 40 heures de travail par semaine, ajoutées aux cours universitaires.

Créer son activité n’efface donc pas les contraintes qui pèsent sur un jeune actif. Il déplace la difficulté vers la prospection, l’organisation du temps et la capacité à faire tenir une activité avant même la fin des études.

35,2 % des nouveaux entrepreneurs de la région étudiée vivent dans ces quartiers

Dans la région étudiée, 35,2 % des nouveaux entrepreneurs résident dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Cette part montre que l’initiative économique existe là où le marché du travail reste pourtant plus fermé.

Vous auriez tort de réduire ces territoires à l’absence d’emploi. Ils regroupent près de 250 000 TPE-PME, qui génèrent environ 75 milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année.

Au 1er janvier 2021, 316 966 établissements y étaient implantés. Entre 2017 et 2021, leur nombre a progressé de 43,2 % en France métropolitaine.

Cette hausse ne garantit pas un revenu à chaque créateur. Elle dit autre chose : l’entreprise y est aussi une activité quotidienne, portée par des commerces, des services et de petites structures qui font travailler des habitants.

Quand l’alternance manque, l’entreprise devient une sortie possible

Une enquête du Céreq publiée en 2025 établit que 40 % des jeunes de ces quartiers qui souhaitent faire une alternance ne trouvent pas d’entreprise d’accueil. Pour vous qui cherchez une première expérience, ce refus ferme souvent une porte bien avant l’entretien d’embauche.

Trois ans après la sortie d’études, 56 % des jeunes concernés sont en emploi, contre 75 % pour ceux qui vivent hors de ces quartiers. L’écart pèse sur le début de carrière, au moment où l’on cherche à acquérir de l’expérience et des contacts.

Le salaire médian atteint 1 480 euros nets pour ces jeunes, contre 1 700 euros nets hors de ces zones. L’écart ne se résume pas à une ligne de paie. Il peut aussi réduire la marge pour financer une formation, un déplacement ou le lancement d’une activité.

Dans ce contexte, monter sa structure peut offrir une voie de travail. Mais elle ne devrait jamais devenir l’unique réponse à une alternance introuvable ou à un recrutement qui écarte des candidats.

Peut-on présenter la création d’entreprise comme une solution d’emploi ?

Oui, quand l’activité trouve des clients et produit un revenu, comme le montre le salaire déjà versé par le dirigeant de Visuall. Vous devez pourtant regarder l’entreprise pour ce qu’elle est : un travail qui demande du temps, et non un raccourci vers une situation stable.

La création peut ouvrir une porte quand le salariat se bloque. Elle ne dispense ni de vendre son service ni de tenir son activité dans la durée.

49,8 % en emploi : l’écart avec les autres quartiers reste massif

En 2024, le taux d’emploi y était de 49,8 %, contre 70 % dans les autres quartiers des unités urbaines. Le taux de chômage atteignait, lui, 16,6 %, contre 7,5 % ailleurs.

Vous comprenez alors pourquoi l’entrepreneuriat attire. Quand l’emploi salarié offre moins d’issues, facturer une prestation ou ouvrir une petite structure peut sembler plus accessible que d’attendre une réponse à une candidature.

Fin 2020, le taux de création d’entreprise par habitant restait pourtant de 1,7 %, contre 2,1 % en moyenne nationale. L’envie existe, mais le passage à l’acte ne suit pas mécaniquement la difficulté à trouver un poste.

En 2021, 20 % des habitants étaient entrepreneurs ou envisageaient de le devenir, soit une progression de six points par rapport à 2018. L’édition 2025 de l’Indice Entrepreneurial Français évalue à plus de 750 000 habitants les personnes engagées dans cette dynamique. Elles sont réparties dans 1 362 quartiers français.

77 % des entreprises tiennent trois ans, un chiffre qui mérite d’être lu sans triomphalisme

En 2021, le taux de pérennité à trois ans s’élevait à 77 % dans ces quartiers, contre 74 % dans le reste du territoire national. Vous pouvez y lire un signe de solidité, surtout face à l’idée reçue d’activités forcément fragiles.

Le chiffre ne raconte pas le niveau de revenu, ni le temps de travail, ni les conditions de développement. Il confirme seulement qu’une fois lancées, ces entreprises ne disparaissent pas davantage au bout de trois ans.

Le soutien public a aussi compté : en 2019, l’exonération fiscale liée à ces territoires a bénéficié à 19 500 entreprises, pour 306 millions d’euros au total. Le montant moyen annoncé était de 15 700 euros par entreprise.

Que regarder avant de se lancer ?

Vous avez intérêt à partir d’une activité identifiable, comme la création de contenus pour les restaurants, plutôt que d’une promesse floue d’indépendance. Un salaire déjà versé ou un recrutement envisagé donne aussi un repère plus concret que le seul fait d’avoir créé une structure.

Créer son entreprise peut desserrer un marché du travail verrouillé. Mais le parcours de Khatib Benhamou rappelle une réalité plus dure : pour que cette porte reste ouverte, il faut que le travail fourni finisse par devenir un revenu, puis peut-être un emploi pour d’autres.

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