Maroc : 700 médecins partent chaque année, les hôpitaux ruraux sous pression

Médecin quittant l’hôpital rural marocain, patients attendant, paysage aride

Environ 700 médecins marocains quittent le pays chaque année. Cela représente un tiers des diplômés et laisse les hôpitaux, surtout hors des grands centres, avec des équipes déjà difficiles à compléter.

La fuite dure parce qu’elle dépasse le simple choix individuel. Pour vous qui envisagez une carrière médicale à l’étranger, elle montre aussi qu’un départ peut résoudre une situation personnelle tout en creusant un manque dans le pays de formation.

Près de 28 000 postes de médecins restent à pourvoir

Un rapport du ministère de la Santé publié en juin évalue le besoin total en professionnels de santé à 83 000 personnes pour la période 2025-2026. Près de 28 000 postes vacants concernent les médecins.

Ces deux chiffres éclairent la tension : chaque départ intervient dans un système qui cherche déjà des praticiens. Si vous regardez le Maroc depuis l’étranger, l’enjeu ne se limite donc pas à trouver un poste ; il touche aussi aux conditions dans lesquelles ce poste pourra être exercé.

Le pays consacrait 6 % de son produit intérieur brut à la santé en 2022. Ce niveau de dépense ne dit pas, à lui seul, où travaillent les soignants ni comment les services sont répartis, mais les vacances de postes donnent une mesure concrète du décalage.

À Agadir, huit décès ont rappelé le coût des équipes sous pression

En août 2025, huit femmes venues accoucher par césarienne sont mortes au centre hospitalier régional Hassan-II d’Agadir. Ce drame ne permet pas d’attribuer une cause unique aux départs des médecins, mais il a remis au premier plan la fragilité de certains services hospitaliers.

Dans les zones rurales, l’absence d’un praticien ne se remplace pas sur un tableau d’effectifs. Pour les patients comme pour les équipes, elle peut rallonger l’attente, augmenter la charge de travail et rendre plus difficile la continuité des soins.

Nous refusons de réduire ces départs à une statistique de mobilité. Quand près de 28 000 postes de médecins sont annoncés vacants, le manque finit par se voir là où l’accès aux soins est déjà le plus tendu.

France, Canada, Belgique : l’exil suit les débouchés accessibles

La France est présentée comme la première destination des praticiens marocains prêts à partir, devant le Canada, la Belgique, l’Allemagne et les pays du Golfe. Mohamedine Boubekri, président de l’Ordre national des médecins du Maroc, évoque pour sa part 600 à 700 départs par an, principalement vers l’Allemagne.

Ces deux indications ne décrivent pas exactement le même mouvement, mais elles montrent une mobilité tournée vers plusieurs marchés. Si vous préparez un départ, la destination affichée ne suffit pas : l’accès au travail dépend aussi des démarches administratives et de votre situation personnelle.

Pourquoi le projet d’exil attire-t-il autant les futurs médecins ?

Une étude menée auprès d’étudiants en dernière année à Casablanca rapportait que 70,1 % envisageaient de quitter le pays. L’intention ne devient pas automatiquement un départ, mais elle annonce un vivier de candidats déjà tournés vers l’international.

Djamila Chekrouni, économiste et professeure à l’université Mohammed-V à Rabat, qualifie le phénomène de « tendance longue ». Vous ne pouvez donc pas lire ces projets comme une réaction passagère à une seule difficulté hospitalière.

Le retour de Kaoutar rappelle que partir ne ferme pas toujours la boucle

Kaoutar, 29 ans, est revenue au Maroc en 2024 après deux ans aux États-Unis. Les difficultés administratives liées à la prolongation de son visa ont pesé dans cette décision.

Son parcours rappelle une règle concrète : une carrière à l’étranger reste liée au droit de séjour. Pour vous, le contrat et les compétences ne suffisent pas si le statut administratif devient incertain.

Entre 2000 et 2020, le nombre de médecins marocains exerçant dans un pays de l’OCDE est passé de 6 256 à 6 869. Le taux d’expatriation indiqué atteint 20,3 %, signe d’un mouvement durable, même si les parcours restent très différents d’un praticien à l’autre.

Le Maroc fait face à une équation lourde : former, retenir et répartir les soignants, pendant que les départs restent envisagés par une large part des étudiants. Pour ceux qui partent, l’horizon professionnel compte. Pour ceux qui restent, c’est souvent la file d’attente qui raconte le manque.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *