Cumul emploi-retraite : liquider sa pension avant 2027 pour garder les règles actuelles

Un senior argenté travaille sur laptop dans un atelier-bureau

La date de liquidation de votre pension va bientôt décider, à elle seule, du régime auquel vous serez soumis si vous reprenez une activité après la retraite. À partir du 1er janvier 2027, les règles du cumul emploi-retraite se durcissent pour toutes les personnes admises à la retraite à compter de cette date. Ceux qui auront liquidé avant resteront, eux, sous l’ancien régime.

Pour beaucoup de futurs retraités actifs, c’est donc un calendrier à arbitrer.

Nous avons passé au crible ce qui change, ce qui reste, et la question que tout le monde se pose. Faut-il accélérer son départ pour rester sous les règles actuelles ?

Ce qui est déjà acté : la réforme entre en vigueur le 1er janvier 2027

Le durcissement du cumul emploi-retraite figure dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée le 16 décembre 2025. La même loi a suspendu la réforme des retraites portée par Elisabeth Borne, avec son recul progressif de l’âge légal de 62 à 64 ans. Mais le volet cumul emploi-retraite, lui, tient bon : il s’appliquera bien, sauf surprise, au 1er janvier 2027.

Le critère décisif n’est pas la date à laquelle vous reprenez un emploi. C’est la date de première liquidation de votre pension. Liquidée avant le 1er janvier 2027 ?

Vous restez durablement sous l’ancien régime, même si vous reprenez une activité en 2028 ou plus tard. Liquidée après ? Le nouveau dispositif s’applique à vous, quel que soit votre âge au moment de la reprise.

Le régime actuel : un cumul possible, mais déjà encadré

À ce jour, deux situations coexistent. Si vous êtes parti à l’âge légal avec tous vos trimestres, le taux plein, vous pouvez cumuler intégralement votre pension et un salaire. C’est le cas le plus favorable, et il concerne une part importante des retraités qui travaillent.

Pour les autres, le cumul est plafonné. Vos revenus globaux, pension et salaire confondus, ne peuvent pas dépasser la moyenne de vos trois derniers salaires mensuels. Un exemple circule dans la presse pour l’illustrer.

Avec un salaire de fin de carrière de 4 000 euros brut, le cumul est autorisé jusqu’à ce montant seulement.

Il existe aussi une autre formule de plafond, selon les cas. Les revenus d’activité sont alors limités au tiers de la pension brute, majoré d’un forfait de 8 198,04 euros (montant applicable au 1er janvier 2026). Et pour les fonctionnaires, le référentiel est fixé à 160 % du SMIC, soit 2 916,85 euros brut par mois depuis le 1er janvier 2026.

Ou, si celui-ci est supérieur, le dernier salaire mensuel brut.

Le dispositif 2027 : trois paliers selon votre âge à la reprise

La nouvelle règle change de logique. Elle ne raisonne plus sur vos revenus passés, mais sur votre âge au moment de la reprise d’activité, avec trois paliers.

Avant l’âge légal, c’est-à-dire avant 64 ans : vos revenus d’activité sont déduits intégralement de votre pension, dès le premier euro. Concrètement, travailler ne vous rapporte rien de plus que ce que vous auriez touché sans travailler. Ce palier est un vrai dissuasif.

Entre 64 et 67 ans : le cumul est autorisé jusqu’à 7 000 euros brut annuels. Au-delà, la pension est réduite de 50 % du montant du dépassement. Deux précisions s’imposent.

D’abord, ce seuil de 7 000 euros reste à confirmer par décret, les décrets d’application n’étaient pas encore publiés à la mi-2026. Ensuite, sur cette tranche d’âge, les périodes travaillées après le départ à la retraite ne créeront plus aucun nouveau droit à pension. Vous travaillez, vous cotisez, mais ça ne gonfle plus votre retraite.

À partir de 67 ans : le cumul devient intégral et libre, sans plafond. Et bonne nouvelle : les périodes travaillées peuvent alors ouvrir droit à une seconde pension, via de nouveaux droits.

Liquidation totale obligatoire, et six mois de carence chez l’ancien employeur

Dans les deux régimes, une condition s’impose à tous, et elle piège régulièrement. Vous devez avoir liquidé la totalité de vos pensions françaises avant toute reprise d’activité. Régime général, Agirc-Arrco, régimes spéciaux, pensions étrangères, tout doit être soldé.

Une liquidation partielle ne suffit pas.

Autre garde-fou commun : un délai de carence de six mois s’applique avant de reprendre une activité chez votre ancien employeur. Si votre projet consiste à « partir » le vendredi et revenir le lundi sur le même poste, oubliez : il faudra patienter six mois, ou changer d’employeur.

Travailler depuis l’étranger : la zone qui échappe au plafonnement

Voilà un point que nos lecteurs expatriés doivent connaître. Les revenus d’une activité professionnelle exercée à l’étranger échappent au plafonnement français, que vous soyez salarié, indépendant ou profession libérale, hors barreau. Pour un retraité installé hors de France, cela change radicalement le calcul.

Attention toutefois aux exceptions. Cette souplesse ne concerne ni le Service des retraites de l’État, ni la CNRACL, ni la CNBF : ces régimes conservent leurs propres restrictions. Les fonctionnaires retraités ne sont donc pas logés à la même enseigne.

Si vous travaillez à l’étranger, pensez aussi à la construction de vos droits. La Caisse des Français de l’étranger permet, via une assurance volontaire, la prise en compte des périodes travaillées hors de France par l’Assurance retraite. Côté complémentaire, Malakof Humanis International Agirc-Arrco offre un mécanisme équivalent.

C’est la case que beaucoup oublient dans leur budget d’expatriation, et qui coûte cher au moment de liquider.

Faut-il liquider avant 2027 pour verrouiller l’ancien régime ?

C’est la stratégie que le calendrier invite à envisager : liquider sa pension en 2026, même sans cesser de travailler, pour rester durablement sous les règles actuelles. Sur le papier, l’avantage est clair si vous remplissez les conditions du cumul intégral, âge légal atteint et taux plein. Dans ce cas, l’ancien régime est nettement plus généreux que le palier 64-67 ans du nouveau dispositif.

Mais nous serons directs : liquider tôt pour « sauver » le cumul n’a de sens que si vous avez déjà tous vos trimestres. Partir avec une décote pour verrouiller un plafond, c’est rogner sa pension à vie pour gagner une souplesse temporaire. Le calcul ne tient pas.

Et pour les profils qui visaient une reprise d’activité avant 64 ans, le nouveau régime ferme quasiment la porte. La déduction dès le premier euro rend le cumul sans intérêt financier immédiat.

Dernier point de vigilance : le seuil de 7 000 euros et plusieurs modalités dépendent de décrets pas encore publiés à la mi-2026. Avant de figer une date de départ, vérifiez la version finale des textes. La page officielle du ministère de l’Économie sur le cumul emploi-retraite est la référence à suivre.

En résumé : si vous avez le taux plein et un projet de reprise d’activité, une liquidation en 2026 verrouille le régime le plus favorable. Sinon, attendez les décrets avant d’arbitrer. Et si votre projet passe par l’étranger, le plafonnement français ne vous concerne sans doute pas, mais vos droits retraite, eux, méritent toute votre attention.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *